Les impôts

Les conventions fiscales, et la nuance qui change tout

Toutes les conventions disent que le bien s'impose là où il se trouve. Elles ne disent pas toutes la même chose sur ce que fait ensuite le pays de résidence, et c'est là que se joue la facture.

Deux passeports européens posés sur une carte, avec des billets en euros
Deux passeports européens posés sur une carte, avec des billets en euros. Photographie de Marta Branco, publiée sur Pexels.
La réponse courte

Deux méthodes coexistent pour éliminer la double imposition. La méthode de l'exonération avec taux effectif sort le revenu étranger de la base imposable et ne l'utilise que pour calculer le taux applicable aux autres revenus. La méthode du crédit d'impôt l'inclut dans la base puis impute un crédit. La convention France-Maroc du 29 mai 1970 retient la première pour l'immobilier ; la convention Maroc-Belgique de 2006 prévoit une imposition partagée.

La France : une rédaction ancienne, et plus favorable

Convention fiscale France-Maroc du 29 mai 1970Article 9

« Les revenus des biens immobiliers, y compris les bénéfices des exploitations agricoles et forestières, ne sont imposables que dans l'État où ces biens sont situés. »

La formule « ne sont imposables que » exprime une compétence exclusive. Le modèle de convention plus récent de l'OCDE emploie « sont imposables », qui exprime une imposition partagée. La différence de deux mots est décisive, et elle joue en faveur du contribuable.

Convention fiscale France-Maroc du 29 mai 1970Articles 24-1 et 25-1

L'article 24-1 dispose que les gains provenant de l'aliénation des biens immobiliers sont imposables dans l'État où ces biens sont situés.

L'article 25-1 dispose qu'un État contractant ne peut pas comprendre dans les bases de ses impôts sur le revenu les revenus exclusivement imposables dans l'autre État, mais que chaque État conserve le droit de calculer l'impôt au taux correspondant à l'ensemble des revenus imposables d'après sa législation.

Le mécanisme de crédit d'impôt de l'article 25-2 ne concerne pas l'immobilier : il vise expressément les revenus des articles 13, 14 et 16, c'est-à-dire les dividendes, les intérêts et les redevances.

Une confusion fréquente, y compris chez des professionnels

On lit souvent que la France accorde un « crédit d'impôt » sur les revenus fonciers marocains. C'est inexact au regard du texte : le crédit d'impôt de l'article 25-2 vise les dividendes, les intérêts et les redevances. Pour l'immobilier, c'est l'article 25-1 qui s'applique, et il fonctionne par exclusion de la base avec maintien du taux effectif.

La conséquence pratique est importante et va bien au-delà du vocabulaire, notamment pour les prélèvements sociaux.

La Belgique : l'exemple inverse

Direction générale des impôts du MarocConvention Maroc-Belgique signée le 31 mai 2006, entrée en vigueur le 30 avril 2009, applicable à partir du 1er janvier 2010, articles 6-1 et 13-1

Les revenus de biens immobiliers et les plus-values sur cession de ces biens sont imposables dans l'État où sont situés lesdits biens et dans l'État de résidence du bénéficiaire.

L'imposition est donc partagée, à l'inverse de ce que prévoit la convention France-Maroc. L'élimination de la double imposition passe par le mécanisme prévu côté belge, et non par une exclusion de la base.

Les autres conventions

Tableau à faire défiler horizontalement.

Pays de résidenceConvention avec le MarocRégime des revenus immobiliersVérification
France29 mai 1970, avec avenantsImposition exclusive au Maroc, article 9Texte intégral lu
Belgique31 mai 2006, en vigueur depuis le 30 avril 2009Imposition partagée, articles 6-1 et 13-1Fiche officielle de l'administration marocaine lue
EspagneConvention existanteNon vérifiéÀ récupérer sur le portail de l'administration fiscale marocaine
ItalieConvention existanteNon vérifiéIdem
Pays-BasConvention existanteNon vérifiéIdem
AllemagneConvention existanteNon vérifiéIdem
CanadaConvention existanteNon vérifiéIdem
Émirats arabes unisConvention existanteNon vérifiéIdem
Ce tableau distingue volontairement ce qui a été lu de ce qui ne l'a pas été. Les dates de signature des six dernières conventions circulent largement mais n'ont pas pu être confirmées sur une source officielle : elles ne sont donc pas publiées ici.

Les prélèvements sociaux français, et une fragilité qu'il faut connaître

Code de la sécurité sociale (France)Article L.136-6

La contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine est assise sur les revenus tels qu'ils sont retenus pour l'assiette de l'impôt sur le revenu.

L'article 25-1 de la convention France-Maroc excluant les revenus fonciers marocains de la base de l'impôt sur le revenu français, il n'y aurait pas de base pour la contribution sociale.

Mais la contribution sociale généralisée et la contribution au remboursement de la dette sociale ne figurent pas dans la liste des impôts français couverts par la convention, qui vise l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés et la taxe sur les salaires.

Source : Code de la sécurité sociale (France), article L.136-6, sur Légifrance, consultée le 11 août 2026. Le raisonnement repose sur la structure de l'article L.136-6, dont le texte n'a pas pu être lu directement. La couverture conventionnelle de ces contributions repose sur la jurisprudence et la doctrine, non sur une mention expresse du texte de 1970. C'est un point de fragilité juridique réel, à faire confirmer par un conseil fiscal français.
Les écrans d'affichage des vols dans un terminal d'aéroport
Les écrans d'affichage des vols dans un terminal d'aéroport. Photographie de Atlantic Ambience, publiée sur Pexels.

Questions fréquentes

Toutes les conventions se ressemblent-elles ?

Non, et c'est le message de cette page. La convention France-Maroc, rédigée en 1970, réserve l'imposition immobilière au pays de situation du bien. La convention Maroc-Belgique, rédigée en 2006 sur un modèle plus récent, partage l'imposition.

Faut-il déclarer les loyers marocains en France ?

Ils sont exclus de la base imposable mais servent au calcul du taux effectif, ce qui suppose de les porter sur la déclaration dans la rubrique prévue à cet effet. Ne rien déclarer et ne rien payer ne sont pas la même chose.

Le taux effectif augmente-t-il vraiment l'impôt français ?

Il augmente le taux appliqué aux autres revenus imposables en France. L'effet est donc réel, mais il porte sur les autres revenus, pas sur les loyers marocains eux-mêmes.

Où trouver le texte d'une convention ?

Les administrations fiscales des deux pays les publient. L'administration marocaine diffuse des fiches « convention en bref » par pays, et l'administration française publie les textes intégraux avec leurs avenants.

Pourquoi ce site ne donne-t-il pas les dates des autres conventions ?

Parce qu'elles n'ont pas pu être confirmées sur une source officielle. Elles circulent largement, mais une date recopiée n'est pas une date vérifiée, et sur un sujet où la version applicable dépend de l'entrée en vigueur, l'à-peu-près ne vaut rien.

Une convention peut-elle être modifiée ?

Oui, par avenant. La convention France-Maroc a notamment été modifiée par un avenant du 18 août 1989, qui a réécrit une partie de l'article 8 et créé une disposition à l'article 25.

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