L'argent

Le compte en dirhams convertibles

C'est le compte pivot de tout patrimoine marocain détenu depuis l'étranger. Sa force tient en une ligne : son solde peut partir à l'étranger librement. Sa contrainte tient en une autre : presque rien ne peut l'alimenter.

L'ouverture d'un compte au comptoir d'une banque
L'ouverture d'un compte au comptoir d'une banque. Photographie de kaboompics.com, publiée sur Pexels.
La réponse courte

Le compte en dirhams convertibles est un compte bancaire marocain tenu en dirhams, ouvert notamment aux Marocains résidant à l'étranger, alimenté exclusivement par des devises venues de l'étranger et cédées contre dirhams. Son solde permet tout règlement au Maroc ou à destination de l'étranger, y compris le retrait de billets, sans autorisation préalable et sans plafond. Il est régi par l'article 228 de l'Instruction générale des opérations de change 2026.

Qui peut l'ouvrir ?

Office des changesIGOC 2026, article 228

Les banques peuvent ouvrir des comptes en devises et des comptes en dirhams convertibles au nom, notamment, des personnes physiques étrangères résidentes ou non résidentes, des Marocains résidant à l'étranger, des personnes morales étrangères, des sociétés installées en zone d'accélération industrielle, des entités offshore et des représentations diplomatiques.

Ces comptes ne peuvent pas présenter de position débitrice, sauf le cas particulier des lignes de crédit en zone d'accélération industrielle.

La rédaction 2026 apporte un changement discret mais réel : elle traite le compte en devises et le compte en dirhams convertibles dans une seule liste commune d'opérations, là où le texte de 2024 les séparait. Les deux comptes obéissent donc désormais aux mêmes conditions de fonctionnement, et le choix entre eux devient une question de risque de change, pas de droit.

Ce qui peut le créditer, et rien d'autre

L'article 228 énumère les opérations admises. Cette liste est fermée : ce qui n'y figure pas ne peut pas alimenter le compte.

La conséquence que personne n'anticipe

Un loyer encaissé en dirhams auprès d'un locataire marocain n'est dans aucune de ces catégories. Il ne peut donc pas être versé sur le compte en dirhams convertibles. Il atterrit sur un compte ordinaire, où il n'ouvre aucun droit de transfert par lui-même.

Le rapatriement des loyers passe par une autre porte, celle des articles 160 à 162, qui exige de prouver que l'investissement lui-même a été financé en devises. C'est expliqué sur la page rapatrier ses loyers.

Le cas particulier des billets de banque

Office des changesIGOC 2026, article 228

Le versement de billets de banque étrangers sur ces comptes n'est admis que contre remise à la banque de l'original de la déclaration douanière d'importation de devises datée de six mois au maximum, ou d'un bordereau de change ou autre document daté d'un mois au plus prouvant que les billets ont été prélevés sur le même compte.

Autrement dit : des espèces sans papier ne deviennent jamais des dirhams convertibles. La déclaration faite au poste de douane à l'arrivée, souvent considérée comme une formalité pénible, est en réalité le titre qui transforme des billets en capital transférable. Elle se périme au bout de six mois. Voir les espèces à la frontière.

Ce que le solde permet

La liste des débits admis se résume à une formule très large : tout règlement au Maroc ou à destination de l'étranger, y compris les retraits de billets de banque, ainsi que la constitution de dépôts à terme. Il n'y a ni autorisation préalable, ni plafond, ni délai : la seule limite est le solde.

C'est aussi ce compte qui sert à financer un achat immobilier de façon convertible. Le débit correspondant matérialise la preuve de financement en devises, sous une formule bancaire dédiée prévue à l'article 12, et c'est cette pièce qui ouvrira plus tard le droit de retransférer le produit de la revente.

Des billets de plusieurs pays posés côte à côte, vus de dessus
Des billets de plusieurs pays posés côte à côte, vus de dessus. Photographie de Pratikxox, publiée sur Pexels.

Questions fréquentes

Un compte en dirhams convertibles peut-il devenir débiteur ?

Non. L'article 228 l'exclut expressément, sauf pour les lignes de crédit consenties aux sociétés installées en zone d'accélération industrielle.

Peut-on y verser le produit de la vente d'un bien marocain ?

Seulement si l'investissement bénéficiait du régime de convertibilité, c'est-à-dire s'il avait été financé en devises. Sinon le produit reste en dirhams ordinaires. C'est le mécanisme des articles 171 et 174.

Faut-il justifier de sa résidence à l'étranger pour l'ouvrir ?

L'article 228 n'énumère aucune pièce à fournir. L'exigence de justificatif de résidence figurait dans le texte antérieur et sur les pages d'information de l'Office des changes ; elle n'apparaît pas dans l'article 228 de 2026. Il faut donc s'en remettre à ce que demande l'établissement, et ne pas présenter cette pièce comme une obligation réglementaire.

Quelle différence avec le compte en devises ?

Le droit est le même depuis 2026 : même liste d'opérations, même liberté de transfert. La différence est économique. Le compte en dirhams convertibles expose au risque de change entre le moment du versement et celui du retour ; le compte en devises non. Voir le compte en devises.

Peut-on retirer des billets sur ce compte au Maroc ?

Oui. Les retraits de billets figurent expressément parmi les débits admis par l'article 228.

Le compte se ferme-t-il si l'on cesse de résider à l'étranger ?

Le texte ne prévoit pas de mécanisme de clôture automatique, et l'article 228 permet d'ailleurs aux étrangers résidents de conserver ces comptes. L'effet exact d'un changement de statut sur un compte existant n'est pas réglé explicitement : c'est une question à poser à sa banque avant de s'installer.

Cette convertibilité est-elle plafonnée ?

Non, pas au niveau du compte. Le plafond, quand il en existe un, se situe en amont, sur ce qui a le droit d'entrer sur le compte.

Page mise à jour le 11 août 2026. Version markdown de cette page · Toutes les sources · Comment ce site est fabriqué